Du nouveau au sujet des microbes

 au Conseil Scientifique
de Lascaux ?


  Scolecobasidium
Scolecobasidium
 
ANALYSE DE LA PRÉSENTATION, FAITE AU CONSEIL SCIENTIFIQUE EN PRÉSENCE DE M. GOLDBERG, DES RAPPORTS FINAUX SUR LES PROGRAMMES DE RECHERCHE "MICROCLIMAT-MICROBIOLOGIE" ET "ECOLOGIE MICROBIENNE".

Répondant à l'invitation qui lui a été faite par le Professeur Yves Coppens, Président du Conseil Scientifique de Lascaux (voir la note intitulée "Nouvelles de Lascaux: un conseil translucide ou transparent ?"), le porte-parole du LIST a assisté à la session du Conseil Scientifique de Lascaux qui s'est déroulée le 14 décembre 2011 entre 10h30 et 13h. Au cours de cette session devaient être présentés les rapports des groupes de travail du Conseil Scientifique. Le rapport du groupe de travail "Climat souterrain - Modélisation" est analysé dans une note séparée (voir "Faut-il améliorer le "Simulateur Lascaux"?"). Nous analyserons ici le rapport portant sur les deux programmes de recherche menés ces dernières années sur la microbiologie de Lascaux.

Yves Coppens a demandé à René Bailly, l'un des microbiologistes du Conseil Scientifique, de rapporter les conclusions des études menées dans le cadre des programmes de recherche "Microclimat-Microbiologie" et "Ecologie microbienne". R. Bailly a indiqué que ces études avaient été réalisées par le Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques (LRMH) et l'équipe de C. Alabouvette (INRA - Poitiers) pour le premier, et par les équipes de C. Alabouvette et C. Saiz-Jimenez (Conseil Supérieur de la Recherche Scientifique - Séville - Espagne) pour le second.

R. Bailly a indiqué, au sujet du premier programme, que:
    - il visait à établir une corrélation au cours du temps entre le climat à l'intérieur de la grotte et l'évolution des microorganismes que l'on y trouve.
      - une "certaine" variabilité des paramètres climatiques a été observée au cours de la période étudiée, mais qu'aucune corrélation n'a pu être établie avec l'évolution des populations microbiennes.
     -  l'étude a cependant fourni quelques indications sur "ce qui est faisable" (sans que cela soit explicité d'avantage).

Au sujet du second programme, R. Bailly a indiqué que:
      - elle était centrée sur les taches noires et comprenait la caractérisation des populations microbiennes par l'analyse des ADN, des ARN et des lipides, ainsi que la caractérisation des mélanines présentes dans les taches noires. Elle visait à établir une corrélation entre la composition des populations microbiennes et la présence de mélanine.
     - l'espèce Ochroconis/Scolecobasidium a été rencontrée fréquemment. Bien qu'elle ne soit pas l'espèce "dominante", on pense qu'elle joue un rôle important dans la formation de mélanine.
        - l'étude microbiologique aurait été menée d'une manière moderne.
    - l'étude aurait débouché sur "de nouvelles voies" (non précisées), et suggérait le rôle probable des Collemboles (petits arthropodes) dans la régression mais aussi dans la dissémination des champignons.

Le courte présentation (cinq minutes environ) de R. Bailly n'a pas permis au porte-parole du LIST, M. Goldberg, d'avoir connaissance de quelque donnée scientifique que ce soit, pas plus que des méthodes ou techniques utilisées dans cette étude. Il doit donc s'en remettre entièrement à leur évaluation par les microbiologistes du Conseil Scientifique, faite au cours d'une session précédente.

A l'issue de la présentation de R. Bially, Y. Coppens a demandé à M. Goldberg s'il avait des questions ou des commentaires. Celui-ci a répondu que le très bref rapport qu'il venait d'entendre ne contenait aucune information scientifique, technique ou méthodologique, et qu'il lui était donc impossible d'émettre un avis critique sur les conclusions formulées. Il a donc réitéré sa demande que les rapports finaux sur ces deux programmes soient rendus publiques.

Il a néanmoins fait une remarque au sujet de la finalité du premier programme: du fait que ces études ont été menées dans les toutes dernières années de la période 2000-2010, alors que les fortes perturbations climatiques introduites pendant les premières années de la décennie avaient disparu, il n'y avait pas eu de variations significatives
du climat pendant l'étude. On ne pouvait donc pas s'attendre à une importante évolution des populations microbiennes induites par des variations du climat, ce qui rendait d'entrée de jeu l'observation de "corrélations" très improbable. De plus, comme il n'est pas concevable d'introduire volontairement d'importantes variations climatiques dans la grotte à des fins expérimentales (de crainte de déclencher une explosion fongique), il ne semble y avoir aucune perspective pour de futures études dans cette voie. M. Goldberg a fait remarquer que la seule période au cours de laquelle des corrélations auraient dû être recherchées était celle où la croissance fongique a été "explosive (2000-2007). D'où l'insistance du LIST à avoir accès aux paramètres climatiques pendant la période de crise aigüe afin de tenter d'établir une corrélation entre croissance fongique et paramètres tels que température, humidité, pression partielle de gaz carbonique.

Jean-Michel Geneste a rejeté cette proposition, indiquant qu'aucune étude microbiologique n'avait été réalisée dans cette période. M.Goldberg a estimé au contraire que, bien que nous ne disposions d'aucune connaissance des espèces microbiennes présentes, cela n'empêche pas d'étudier où et quand les champignons ont commencé à pousser, étant donné que des observations visuelles sur leur présence et leur aspect ont dû être faites et enregistrées dans les archives de la grotte. Jean-Jacques Delannoy souligne, lui, qu'il y a tellement de paramètres impliqués dans le contrôle de la croissance microbienne qu'on ne peut espérer trouver une corrélation simple avec un ou deux de ces paramètres. Le LIST ne partage pas cet avis, car pendant la période de crise, les paramètres d'origine "externes" (infiltrations d'eau, apport de nutriments, évolution du climat extérieur, ...) n'ont pas subi de perturbations anormales, alors que les paramètres internes ont été modifiés par diverses interventions humaines. Par ailleurs, le mieux étant parfois l'ennemi du bien, il nous semble préférable d'étudier un nombre limité de paramètres en relation avec la croissance fongique - au risque de ne pas trouver de corrélation - plutôt que de ne rien étudier du tout et donc d'être certain de ne rien découvrir... Sachant que des paramètres aussi cruciaux pour la croissance des microorganismes que la température et le degré d'humidité ont été régulièrement enregistrés tout au long de la crise, il nous semblerait impardonnable de ne pas rechercher une éventuelle corrélation entre ces paramètres et la croissance fongique. Bien que rien ne garantisse qu'une telle étude aboutira à une conclusion définitive, il ne faut en aucun cas laisser passer la chance d'obtenir une information cruciale qui est peut être contenue dans les données enregistrées.

Yves Coppens a confirmé que l'espèce fongique supposée être responsable des taches noires n'était pas la seule qui y soit impliquée. Jean-Jacques Delannoy a cependant souligné qu' "abondance" ne veut pas dire "activité". La brève discussion de ces points de vue a donné l'impression que, aux yeux du Conseil Scientifique, la question de savoir quelle(s) espèce(s) microbienne est (sont) responsable(s) de la formation de mélanine reste ouverte.

Ainsi s'est achevée la discussion sur les études microbiologiques. Elle a laissé à M. Goldberg (au vu des informations fournies) l'impression qu'aucun des deux programmes n'a abouti à des conclusions solides intéressant la conservation de la grotte, en particulier en ce qui concerne le contrôle des populations microbiennes. Aucune perspective n'a été discutée pendant cette session en vue de futures interventions en cas de nouvelle explosion microbienne (utilisation de biocides, irradiation, ...). Aucun progrès ne semble avoir été fait dans la compréhension des relations entre le climat et la microbiologie de la grotte. Aucune suggestion n'a été faite quant à l'élimination de la mélanine.

En résumé, l'impression globale laissée à M. Goldberg et partagée par le LIST est que les deux programmes d'étude n'ont pas permis de progrès significatifs en vue de la conservation de Lascaux.

Cette conclusion négative doit toutefois être tempérée par l'aspect extrêmement superficiel de la présentation et de la discussion auxquelles le porte-parole du LIST a pu assister. Doit-on espérer que des résultats gardés secrets jusqu'ici viendront, lorsqu'ils seront divulgués, moduler le pessimisme du LIST ?









               Historique

              La charte du LIST

              Les membres du LIST

              Documentation scientifique

              Questions en suspens

              Contactez nous

              Retour à la page d'accueil